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Le jeune Karl Marx

samedi 9 décembre 2017

Rédacteur.rice : Capucine Delattre et Lucas Lachambre, étudiants en première année de Science-Po Paris (Compte-rendu écrit après une sortie cinéma avec leur enseignante Mathilde Larrère)

Le pari du film Le Jeune Karl Marx est ambitieux : donner à voir en deux heures tous les éléments qui ont mené Marx, avec Engels, à concevoir sa pensée et à la consigner dans un ouvrage, le Manifeste du Parti Communiste. Couvrant les années 1843 à 1848, le film aspire à exposer la condition des ouvriers, en Angleterre principalement, les dissensions entre ce que l’on n’appelle pas encore des « classes », et l’émergence de tout un groupe de penseurs de la « question sociale » aux points de désaccord multiples. Le long-métrage se révèle d’une grande clarté et très accessible, déroulant les faits dans l’ordre chronologique, et s’il ne développe pas explicitement certains aspects, comme les idées de Proudhon qui sont évoquées mais jamais analysées, cela n’empêche en rien la compréhension globale du récit. Sont présentés l’amitié naissante entre Marx et Engels, leur collaboration intellectuelle (et humaine !), et le contexte de misère sociale et de tension politique dans lequel ils se trouvent.

Le Jeune Karl Marx a le mérite du timing en sortant sur les écrans quelques mois seulement après que les bacheliers ES et Lont dû composer sur le sujet « socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne depuis 1945 » pour leur épreuve d’histoire-géographie. L’Education nationale étant parfois critiquée pour enseigner une histoire libérale, on pourrait prendre ce sujet comme preuve du contraire. Pourtant, demandez à un lycéen ou une lycéenne qui vient de passer le bac ce qu’on connait en sortant du secondaire sur la Question sociale, sur les origines du socialisme et du communisme et tout ce qui a trait à cela, vous risquez d’être bien en peine. A part “en URSS c’était des méchants, il y avait des goulags, le communisme c’est le mal” vous n’en tirerez pas grand-chose de plus.

En effet ce thème est le grand inconnu des programmes scolaires. Avant la terminale : rien, peanuts, nada ! La seule évocation a lieu lorsque l’on étudie la Guerre froide, et encore le communisme n’est présenté que succinctement, à travers le spectre su Stalinisme et on ne s’attarde presque que sur les échecs : privations de libertés, crises économiques, contrôle de la population. Tout ce qui s’est passé dans le bloc communiste est important et doit être connu. Pour autant lycée est une période formatrice des idées politiques, on y forme son esprit critique, on commence à avoir des opinions. Mais comment faire cela si toutes les tendances du spectre politique, toutes les idéologies, tous les points de vue, ne nous sont pas présentés ou alors que de manière négative ?

En terminale, ce que l’on peut appeler les idées de gauche font leur apparition dans le programme d’histoire à travers le chapitre sur « socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne ». L’Education nationale a tout prévu !… mais en fait non. Le chapitre n’est enseigné qu’aux élèves de ES et de L, les élèves de S en sont privés sans parler des élèves des bacs professionnels et technologiques. Autre bémol, le chapitre ne commence qu’en 1875 : aux oubliettes Proudhon, les ateliers nationaux et les phalanstères. Marx n’est pas évoqué, même pas en introduction de chapitre ni à travers une succincte évocation dans une sous-sous-sous-partie. Il faut se contenter d’une courte définition du communisme et du socialisme, le syndicalisme lui est surtout là pour faire beau

Pour résumer, le lycée qui a comme objectif d’armer les élèves pour leur vie d’adulte et de citoyen, de les accompagner dans la formation de leurs opinions personnelles, ne le fait qu’à moitié en omettant de présenter l’ensemble des idées socialistes et communistes ou alors de manière très biaisée. De fait, des milliers d’élèves partent dans le secondaire où, pour beaucoup, ils n’auront plus de cours d’histoire sans connaître clairement ces sujets et en n’ayant que de préjugés dessus. Ca fait peur…

Heureusement aujourd’hui, grâce à des films comme le Jeune Karl Marx ou encore à des livres telle que l’adaptation en manga du Capital de Marx (éditions Soleil Manga) le jeune public est sensibilisé aux thèmes du socialisme et du communisme. Il n’en devient pas forcément partisan mais au moins, il sait de quoi il s’agit.

On pourrait cependant reprocher au film de privilégier sa trame purement romanesque à sa dimension « conceptuelle », qui demeure en réalité un arrière-plan dramatique plutôt que le cœur du film. Les idées marxistes ou socialistes en général sont présentes, bien entendu, mais on ne va jamais les disséquer ou chercher véritablement à les comparer à d’autres, à les nuancer… Un spectateur peu averti passera sans doute à côté de beaucoup de petites références et n’aura pas la matière suffisante pour approfondir sa réflexion, tandis qu’un autre bien familier du sujet n’en apprendra pas non plus grand-chose. A trop hésiter entre son enjeu philosophique et son côté romancé, le film ne peut donc pas vraiment dépasser le stade « d’introduction au marxisme », ce qui est déjà un bon point dans un paysage cinématographique qui ne laisse pas souvent la place à cette partie de l’histoire. Le film, prenant et divertissant, peut donc constituer une entrée en matière pour les néophytes, mais ne suffit indéniablement pas en lui-même pour qui veut se forger une véritable connaissance de la pensée marxiste !

Voir en ligne : Le jeune Karl Marx

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